Handicaps : mieux les connaître pour se libérer des préjugés

À quoi ressemble le quotidien d'une personne en situation de handicap ? À quelles situations est-elle confrontée dans la vie de tous les jours ? Si vous vous êtes déjà posé ces questions, cet article est fait pour vous.
Sommaire
Résumé facile à lire
Tout le monde peut avoir un handicap.
Un handicap limite certaines activités du corps ou du mental.
La société actuelle n'est pas pensée pour tout le monde.
Les personnes handicapées ont des difficultés au quotidien et sont isolées.
Cette injustice envers les personnes handicapées s'appelle le validisme.
Il faut adapter notre environnement aux besoins des personnes handicapées.
Cela permet aux personnes handicapées de vivre de façon plus autonome.
On appelle cette méthode le design universel.
Le design universel consiste à créer des objets et des services pour tous.
Il faut comprendre les difficultés de chaque handicap pour créer pour tous.
Puis laisser les personnes handicapées tester les créations.

Qu’est ce qu’un handicap ?
Le handicap peut prendre plusieurs formes. Il est avant tout invalidant, c’est à dire qu’il altère la capacité à réaliser une fonction physique, sensorielle, mentale, cognitive ou psychique. Le handicap peut toucher plusieurs de ces fonctions, on parle alors de plurihandicap.
Nous visualisons bien souvent une personne avec un handicap comme quelqu’un en fauteuil roulant. Ce n’est en réalité que seulement 2% des personnes en situation de handicap, soit une infime partie des handicaps que nous pouvons rencontrer. En effet, bien qu’il existe des handicaps issus dès la naissance, une grande partie apparaît au cours de notre vie. Que ce soit à cause d’un accident ou bien d’une maladie, de manière temporaire ou bien définitive, nous y avons tous été confronté.
Le premier préjugé porté par le regard d’une personne valide, est de penser qu’un handicap est forcément visible. Loin de faire dans le sensationnel, le handicap est en réalité dans 80% des cas invisible. C’est le cas des maladies chroniques, des troubles dys ou des déficiences auditives par exemple.
Partant de ce principe-là, nous pouvons dire que le handicap est bien souvent méconnu.

Quels sont les différents types de handicaps ?
Tout d’abord, prenons le temps de lister les différents types de handicap en grande catégorie :
Chaque catégorie de handicap regroupe ses propres maladies et déficiences. Plusieurs sources peuvent être à l’origine d’un handicap. De même, il existe différents degrés de difficulté rencontrés.
Arrêtons nous à présent sur chaque catégorie en détails, afin d’en apprendre un peu plus sur la vie des personnes concernées.
Les handicaps auditifs
Un handicap auditif est une déficience physiologique qui détériore de manière partielle ou totale la perception de l’environnement sonore. Dans les principaux cas, la personne entend moins bien ou de façon déformée (surdité de transmission), ou bien des lésions internes de l’oreille entravent la transformation du message sonore en influx nerveux (surdité de perception). Ce handicap concerne environ 5,18 millions de personnes, dont 2 millions qui ont moins de 55 ans.
Les causes peuvent être multiples :
l’hérédité, la génétique ;
une malformation liée à une cause congénitale ;
une surexposition à un bruit ;
une maladie (otite, encéphalites, oreillons,…), une infection, une réaction médicamenteuse ;
une dégénérescence liée au vieillissement.
Comme dans tous les handicaps, il existe différents degrés :
Lorsque la perte est dite légère, certains mots sont mal perçus et les nuances de la pensée exprimées par l’intonation mal appréhendées.
Dans le cas d’une perte moyenne, seule la voix forte et articulée est comprise.
Une perte sévère correspond à des sons et des bruits sans véritable compréhension. Une prothèse auditive améliore la distinction du message sonore, mais n’est pas suffisante pour en restituer l’intégralité, et la personne devra compenser en lisant sur les lèvres de ses interlocuteurs.
Lors d’une perte profonde de l’audition, elle devient presque totale et la personne ne perçoit pas sa propre voix.
À cela s’ajoute les différentes sortes d’acouphènes (bourdonnement, sifflement, tintement, etc…) qui peuvent compliquer d’autant plus la compréhension des sons.
Les principales difficultés rencontrées par les personnes atteintes de surdité sont le fait d’entendre, de localiser les messages sonores, de comprendre ce qui est dit et de dissocier la parole d’un bruit ambiant. Un des plus grands freins est de ne pas pouvoir communiquer et partager avec l’ensemble de la population.
Les handicaps moteurs
Un handicap moteur est une atteinte totale ou partielle de la motricité. Il peut être dû à une malformation, une maladie survenue in-utero ou dans les premières années de la vie. Mais également plus tard, à la suite d’une maladie ou de différentes formes de traumatismes. Bien souvent la maladie est évolutive, ses conséquences en termes de handicap peuvent notamment s’accroître pendant la croissance et les difficultés s’aggraver en vieillissant. Les handicaps moteurs concernent environ 2,3 millions de personnes.
De nombreux handicaps sont concernés par une déficience motrice :
paraplégie (paralysie des deux membres inférieurs) ;
tétraplégie (paralysie des quatre membres) ;
infirmes moteurs cérébraux (IMC) ;
myopathie (atrophie musculaire) ;
hémiplégie (paralysie d’une moitié du corps) ;
dystrophie musculaire ;
sclérose en plaques (entraînant des troubles nerveux variés et régressifs) ;
paralysie cérébrale ;
arthrite (inflammation d’une articulation) ;
troubles du dos ;
troubles parkinsoniens (responsable de troubles essentiellement moteurs) ;
amputation ;
lésions de la moelle épinière, traumatismes crâniens, etc...
En fonction du degré de la déficience motrice, différentes aménagements sont possibles : fauteuils roulants, cannes, déambulateurs, prothèses, semelles, etc…
Malgré ces aménagements, les personnes atteintes d’un handicap moteur rencontrent de nombreuses difficulté dans notre société, tels que :
se déplacer sur des sols meubles, glissants ou irréguliers ;
franchir des obstacles ;
franchir des dénivelés en montée comme en descente (pentes, marches, etc.) ;
circuler sur des chemins étroits ;
atteindre certaines hauteurs, saisir des objets hauts placés ;
se pencher pour saisir un objet ou appréhender un service ;
accéder à certains services (toilettes publiques par exemple) ;
se déplacer sur des longues distances ;
rester en station debout sans appui, subir des attentes longues ;
monter ou descendre un escalier
Vous l’aurez compris, l’autonomie est au cœur du problème pour les handicaps moteurs. Pouvoir se déplacer seul aussi bien dans la rue, en transport, qu’à l’intérieur des bâtiments. Mais aussi obtenir des logements adaptés en terme de hauteur, d’espace et d’aménagements. Voilà toues les choses à (re)penser pour leur permettre une pleine autonomie lorsqu’elle est possible.
Les handicaps visuels
Un handicap visuel constitue une déficience de la fonction visuelle, qu’elle soit liée à son acuité, à des troubles neuro-visuels ou à une déficience du champs visuel. Les personnes dites aveugles ont une vision centrale nulle ou inférieure à 1/20° de la normale. Les personnes malvoyantes ont, quant à elles, une vision au plus égale à 1/10° de la normale. On parle de cécité lorsque la vision est totalement absente. En tout, 1 265 000 personnes seraient concernées par un handicap visuel conséquent.
Les handicaps visuels peuvent prendre plusieurs formes :
Dans le cas d’une atteinte à la vision centrale : une incapacité totale ou partielle à écriture, lire, ou se coordonner. Avec une besoin de grossissement, de se rapprocher de ce que l’on regarde, voire parfois de déplacer son regard à côté de ce que l’on veut voir.
Pour une atteinte à la vision périphérique : une incapacité totale ou partielle de se déplacer, de suivre visuellement ou un trouble du contrôle visuel en faible éclairage. Il y a alors besoin de moyens d’aide aux déplacements, de s’éloigner de ce que l’on veut voir et de disposer d’un éclairage suffisant.
Dans le cas d’une vision floue : une incapacité totale ou partielle de lire, de se déplacer, de percevoir des reliefs, et une forte sensibilité à l’éblouissement. Elle oblige à utiliser des moyens d’aide aux déplacements ou de grossissement, et de se rapprocher de ce que l’on regarde.
Le handicap visuel peut aussi être lié à traumatisme ou à une lésion cérébrale. Sans toucher à proprement les yeux, la fonction visuelle se retrouve atteinte par le cerveau.
Il existe encore différentes formes de malvoyance, comme entre autres, la myopie (difficulté à voir de loin), le daltonisme (et autre forme de mauvaise perception des couleurs), ou encore la diplopie (vision double).
Au quotidien, une personne malvoyante ou aveugle rencontre des problèmes à :
Reconnaître sans se tromper des personnes ;
Accéder à l’information, que ce soit pour des films ou vidéos, reconnaître des objets de loin, lire des panneaux, déchiffrer des messages, et bien d’autres cas ;
Se repérer et s’orienter, pour pouvoir se déplacer de manière autonome et en toute sécurité afin d’atteindre les espaces de vie et services ouverts au public (salle de restauration, vestiaire, toilettes, chambres, etc...) ;
Pouvoir utiliser les transports collectifs, se déplacer à l’extérieur et accéder à des bâtiments en toute autonomie ;
Bénéficier d’un accueil et d’un accompagnement adapté dans un lieu public, que ce soit pour un service (se déplacer, compléter son administration, etc…) ou un loisir (pratiquer un sport, aller voir une pièce de théâtre, regarder une émission de télévision, etc…).
Les handicaps visuels impactent l’ensemble du quotidien des personnes concernées. Ces dernières ne sont plus libres de participer en toute autonomie aux aspects de la vie quotidienne. Beaucoup sont alors confrontés à un isolement, de par leurs difficultés à pouvoir participer à la vie en société. Lorsque notre quotidien dépend du degré d’accessibilité présent sur notre parcours, et d’une potentielle dépendance à une personne non formée à notre handicap, les maladresses et le validisme font partie du quotidien.
Les handicaps psychiques
Un handicap psychique concerne des troubles du fonctionnement du psychisme, liés à des maladies mentales. Ces troubles impactent le comportement, les relations et la communication. Les handicaps psychiques ont des causes à la fois environnementales, biologiques et psychologiques. Tout le monde peut être concerné par une maladie mentale, la dépression par exemple, touche 1 personne 5 au cours de sa vie. Toutes maladies confondues, c’est environ 20% de la population en France qui serait concernée par un handicap psychique, dont 3 à 5% de façon sévère.
Il existe différents types de maladie psychique comme :
les névroses (trouble d’une partie de la personnalité, en étant lucide et souvent conscient de son état) ;
les psychoses (trouble global de la personnalité, avec une altération de la réalité) ;
la dépression nerveuse (souffrance pathologique et dévalorisation) ;
les troubles de la personnalité (trouble du comportement causé par un élément déclencheur, comme une émotion) ;
la dépendance (besoin irrépressible d’une chose pour éviter un certain état).
Dans l’ensemble, les handicaps psychiques altèrent la capacité à s’adapter à la vie quotidienne. Ces troubles peuvent se présenter comme des difficultés à :
avoir des relations sociales ;
être autonome dans certains cadres (travail, logement, communication, etc…) ;
appréhender et comprendre ;
analyser des situations ;
prendre des décisions.
Les handicaps psychiques, comme beaucoup d’autres handicaps, ne sont pas forcément visibles à la première interaction. Ils peuvent prendre la forme de crise, où durant cette période la personne rencontre des difficultés d’autonomie et le besoin d’un accompagnement. Les personnes atteintes de ces troubles rencontrent très souvent des cas de psychophobie dans leurs interactions sociales.
Malheureusement, le tabou sur les maladies mentales est encore trop répandu dans la société. Et c’est cette méconnaissance du handicap qui renforce l’isolement des personnes concernées, tout comme la crainte de ces maladies par les personnes valides.
Les handicaps intellectuels
Un handicap intellectuel est lié à une déficience intellectuelle plus ou moins importante, qui peut s’accompagner d’autres déficiences (motrice, sensorielle ou psychique). En partie héréditaire, ce type de handicap peut également avoir d’autres origines comme génétique, congénitale, accidentelle, etc… Le handicap intellectuel concerne environ 650 000 à 700 000 personnes.
Parmi les différentes formes de handicap intellectuel, on retrouve :
la trisomie (une paire de chromosomes devenue triple) ;
le syndrome X fragile (anomalie de l’ADN au niveau du chromosome X) ;
les troubles neurologiques du développement (Trouble du Spectre Autistique (TSA), Trouble De l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH), troubles dys, etc…) ;
le polyhandicap (handicaps physiques liés au handicap intellectuel) ;
l’infirmité motrice cérébrale (lésions cérébrales entraînant des paralysies) ;
les handicaps rares (association rare de déficiences sensorielle, motrice, cognitive et/ou psychique).
Ces handicaps intellectuels causent de nombreuses difficultés dans la vie quotidienne telles que :
Lire, écrire et compter ;
Comprendre des concepts et informations ;
Mémoriser les informations auditives ;
Concentrer son attention ;
Apprendre ;
Se repérer dans le temps et l’espace ;
Évaluer la valeur de l’argent et l’utiliser ;
Communiquer à travers le langage ;
Demander de l’aide ;
Compléter des tâches administratives ;
Utiliser des appareils et équipements ;
Prendre des décisions ;
Gérer des situations imprévues ;
Se déplacer dans des lieux de manière autonome et en toute sécurité.
Bien que les handicaps intellectuels représentent une source de difficultés à évoluer dans la vie quotidienne, il est important de se rappeler que chaque personne concernée est différente. Les déficits peuvent varier d’une personne à l’autre, aussi il est nécessaire d’adapter son attitude en fonction de ses besoins et difficultés.
Même si les handicaps intellectuels peuvent s’appliquer aux enfants, il est fondamental d’adopter un comportement approprié en fonction de l’âge de la personne. Une déficience intellectuelle n’autorise en rien l’infantilisation des personnes concernées.

En résumé :
Un handicap peut survenir à n’importe quelle période de la vie. Il signifie une altération définitive ou non des capacités physique, sensorielle, mentale, cognitive ou psychique. Ces déficiences entraînent des difficultés à évoluer dans la vie quotidienne, qui n’est pas pensée en premier lieu pour l’ensemble de la population. Actuellement inadaptée, notre société pousse les personnes rencontrant un handicap à se retrouver dans des situations précaires qui renforcent leur isolement et par conséquence leurs difficultés au quotidien. Cette forme de discrimination est appelée validisme.
Pour permettre l’accès à la vie en société de la façon la plus autonome possible, il est nécessaire d’adapter l’environnement en fonction des besoins des personnes en situation de handicap. C’est là qu’entre en jeu le design universel, voué à concevoir en prenant un compte toute la diversité des besoins des utilisateurs. Pour créer à l’image de tous, il est nécessaire de s’informer et de comprendre les difficultés que rencontrent les personnes en situation de handicap, sous toutes leurs formes.
Dans le design UX/UI, cela s’apparente à des brainstorming prenant en compte les différents types de handicaps, et des tests utilisateurs réalisés avec des personnes directement concernées.
Source
Petit memento sur le handicap à l'attention des personnes présumées valides. Mai 2025 - Ministères aménagement du territoire transition écologique
Je m'appelle Elodie Poumeyrau et je suis designer UX/UI spécialisée en accessibilité numérique. J'aide les entreprises à créer une expérience client mémorable en la personnalisant via le design universel.


